Prescrire un film de sécurité en ERP ne se résume pas à écrire « film 1B1 » dans un CCTP. La performance d'un film dépend du verre sur lequel il est posé, de son ancrage éventuel et de la qualité de pose ; sa mise en œuvre en site occupé pose aussi des questions de prévention que le coordonnateur SPS doit anticiper. Cette fiche rassemble ce qu'un bureau d'études, un architecte ou un coordonnateur doit savoir : référentiels d'essai, données à exiger, points de CCTP, contrôle à réception et sécurité du chantier.
Pour le cadre réglementaire (code du travail, accessibilité, règlement incendie, FD DTU 39 P5 de 2017), nous renvoyons à notre article sur les obligations réglementaires des vitrages en ERP et établissements scolaires. Nous partons ici du principe que le besoin est identifié.
Ce qu'est un film de sécurité, techniquement
Un film de sécurité est un film polyester (souvent multicouche) d'une épaisseur allant d'environ 100 à plusieurs centaines de microns, enduit d'un adhésif sensible à la pression, appliqué sur une face d'un vitrage existant. Deux normes européennes encadrent le vocabulaire et la caractérisation : l'EN 15752-1:2014 pour le film adhésif lui-même, l'EN 15755-1:2014 pour le verre équipé d'un film.
Trois conséquences pour le prescripteur :
- la performance est celle d'un couple verre + film (et éventuellement ancrage) : une classe obtenue sur un verre recuit de 6 mm ne vaut pas automatiquement pour un verre de 10 mm ou un double vitrage ;
- le film ne fabrique pas un « vitrage de sécurité » au sens des produits verriers : son acceptation comme réponse à une exigence se valide avec le maître d'œuvre et, le cas échéant, le contrôleur technique ;
- les fabricants le rappellent eux-mêmes : un film de sécurité n'est ni pare-balles ni conçu pour arrêter un intrus ; il retient les éclats et retarde le passage.
Les référentiels d'essai à connaître
| Norme | Ce qu'elle mesure | Principe | Classes |
|---|---|---|---|
| EN 12600:2002 | sécurité des personnes au choc (retenue des éclats) | impacteur de 50 kg lâché de 190, 450 puis 1 200 mm | classes 3, 2, 1 ; code du type 1B1 (1B1 = meilleur résultat) |
| EN 356:1999 | résistance à l'attaque manuelle | bille d'acier de 4,11 kg, trois chutes de 1,5 à 9 m ; neuf chutes de 9 m pour P5A | P1A à P5A (P6B à P8B à la hache, hors de portée d'un film) |
| EN 13541:2012 | résistance à la pression d'explosion | onde de choc calibrée | ER1 à ER4 |
| ISO 16933:2007, GSA TS01, ASTM F1642/F1642M-25 | comportement face au souffle d'une explosion | essais d'explosion ou de charge dynamique | niveaux propres à chaque référentiel |
Lecture d'un code EN 12600 : dans « 1B1 », les deux chiffres renvoient aux hauteurs de chute supportées selon les critères de rupture de la norme (1 = 1 200 mm, la plus élevée), la lettre au mode de rupture (B : fragments maintenus ensemble). Nous avons présenté l'EN 356 plus en détail dans notre article comprendre la norme NF EN 356.
Un exemple montre pourquoi le verre de référence compte : un film de sécurité 3M de 200 µm est donné 1B1 en EN 12600 sur verre de 4 et 6 mm, mais P1A seulement en EN 356 sur verre recuit de 4 ou 6 mm, et P2A sur verre trempé de 5 mm. Même film, trois résultats.

Les données à exiger avant de valider une référence
| Donnée | Pourquoi | Où la trouver |
|---|---|---|
| Référence commerciale exacte et épaisseur (µm) | éviter les substitutions en cours de chantier | fiche technique fabricant |
| Procès-verbal d'essai (EN 12600, EN 356 ou EN 13541) | vérifier laboratoire, date, verre testé (nature, épaisseur, dimensions), présence ou non d'ancrage | rapport d'essai complet, pas seulement un extrait commercial |
| Système d'ancrage associé à la classe | une classe obtenue avec ancrage n'est pas acquise sans | PV d'essai, notice du système |
| Analyse de compatibilité thermique | écarter le risque de casse thermique (verre recuit, épais, armé, teinté, pose partielle, cadre béton) | poseur, fabricant ; 3M propose une analyse de contraintes sur demande |
| Données optiques si film teinté ou solaire | transmission lumineuse et facteur solaire (EN 410:2011) | fiche technique |
| Classement de réaction au feu | à fournir si le bureau de contrôle ou le préventionniste le demande | fabricant |
| Garantie | durée, conditions (applicateur, type de verre, orientation) | certificat fabricant |
Point de vigilance : un PV réalisé sur un verre plus favorable que celui en place (trempé au lieu de recuit, plus mince, plus petit) ne démontre rien pour votre ouvrage. Exigez le PV correspondant à la configuration réelle, ou une justification écrite de l'équivalence.
L'ancrage : un sujet de structure, pas un détail de finition
Pour les usages anti-souffle et tempête, le film doit être ancré à la menuiserie, par cordon de mastic structurel entre le film et le cadre (système 3M IPA par exemple) ou par profilé mécanique (3M IPP) ; pour l'anti-effraction, l'ancrage est fortement recommandé, car il empêche le vitrage filmé d'être extrait d'un bloc de sa feuillure.
Ce que cela implique pour le BET :
- l'ancrage transfère des efforts à la menuiserie et à ses fixations : sur des châssis anciens, fins ou dégradés, leur tenue est à vérifier avant de promettre une classe ;
- le mastic doit être compatible avec les matériaux du cadre (aluminium, PVC, bois, acier peint) ;
- le profilé mécanique modifie l'aspect et parfois le clair de vitrage : à valider avec l'architecte ;
- les ancrages font partie de l'ouvrage à entretenir : un cordon arraché lors d'un nettoyage ou d'un remplacement de joint fait perdre la performance.
Pour les bâtiments exposés à un risque d'explosion, le dimensionnement se fait à partir de l'aléa (surpression, durée) défini par l'étude de dangers ou le plan de prévention. Voir notre article film anti-explosion : quand est-il obligatoire ?
Points à inscrire au CCTP
- Localisation par repère (plan de repérage des vitrages) et, pour chaque repère, la fonction visée : retenue des éclats, anti-effraction, anti-souffle.
- Performance exigée avec son verre de référence : « classe EN 12600 1B1 sur verre recuit de 6 mm » plutôt que « film 1B1 ».
- Justificatifs : PV d'essai correspondant, fiche technique, analyse de compatibilité, à remettre avant commande.
- Ancrage : type, continuité (tout le périmètre ou côtés définis), compatibilité avec la menuiserie.
- Mise en œuvre : face de pose, préparation du verre, jeu périphérique et règles de raccord de lés conformes aux prescriptions du fabricant ; raccords interdits ou autorisés selon la fonction.
- Délais : séchage de l'eau de pose et durcissement de l'adhésif (plusieurs semaines ; 3M indique un durcissement typique de 60 jours pour les films de 100 à 200 µm, selon les conditions de séchage), à intégrer au planning de mise en service.
- Traçabilité et DOE : références et lots posés, fiches techniques, PV, notice d'entretien (produits non abrasifs, raclette souple, pas de lame sur le film), certificat de garantie.
Contrôle à réception
À réception, nous recommandons un contrôle en trois temps :
- Conformité documentaire : la référence posée correspond au visa (bons de livraison, étiquettes de rouleaux, fiche d'autocontrôle du poseur).
- Contrôle visuel selon les critères d'aspect du fabricant, à définir au marché : inclusions, rayures, bulles d'air, régularité des bords et des raccords. Un léger voile ou quelques gouttelettes d'eau résiduelles pendant la phase de séchage sont normaux et ne constituent pas une réserve en soi ; ils doivent disparaître à l'issue du séchage.
- Contrôle des ancrages : continuité du cordon ou du profilé, adhérence au film et au cadre, absence de coupure.
Des photos repérées vitrage par vitrage, jointes au DOE, facilitent les levées de réserves et les réclamations en garantie.

Côté coordonnateur SPS : sécuriser le chantier de pose
Le cadre applicable
- Chantier de bâtiment avec plusieurs entreprises ou travailleurs indépendants (sous-traitants inclus) : la coordination SPS s'applique (article L4532-2 du code du travail) ; sur les opérations soumises à un plan général de coordination, le poseur établit un PPSPS avant le début des travaux (article L4532-9).
- Intervention seule dans un établissement en exploitation : c'est le régime des entreprises extérieures. Un plan de prévention écrit est obligatoire dès 400 heures de travaux sur douze mois, ou quelle que soit la durée pour les travaux dangereux (article R4512-7), dont les « travaux du bâtiment et des travaux publics exposant les travailleurs à des risques de chute de hauteur de plus de 3 mètres » (arrêté du 19 mars 1993).
- ERP ouvert : pas de travaux présentant un danger pour le public ou gênant l'évacuation en sa présence (article GN 13 du règlement de sécurité).
Les risques propres à la pose de film
- Travail en hauteur : impostes, verrières, halls. Les travaux temporaires en hauteur se font depuis un plan de travail sûr (article R4323-58) ; l'escabeau n'est admis comme poste de travail qu'à titre dérogatoire, pour des travaux de courte durée non répétitifs à faible risque ou en cas d'impossibilité technique d'une protection collective (article R4323-63). Sur un chantier de plusieurs vitrages hauts, prévoir plateforme roulante à garde-corps, échafaudage roulant ou nacelle avec conducteur autorisé.
- Sol mouillé : la pose se fait à l'eau savonneuse ; risque de glissade et de ruissellement vers des équipements électriques en pied de vitrage.
- Coupures : cutters et lames de découpe, à gérer par une zone de travail balisée en site occupé.
- Coactivité : les poussières de ponçage, de peinture ou de démolition se retrouvent piégées sous le film. La pose se programme après les travaux poussiéreux et avant toute intervention sur les menuiseries susceptible d'endommager un ancrage.
- Site occupé : balisage, travail par zones, créneaux hors présence du public ou pendant les vacances pour les établissements scolaires.
Notre accompagnement
Nous intervenons en ERP, en établissements scolaires et en sites industriels depuis plus de 15 ans, avec les films 3M. Pour les maîtres d'œuvre, nous fournissons les fiches techniques, les PV correspondant aux verres en place, l'analyse de compatibilité et une proposition d'ancrage, et nous remettons un PPSPS ou participons au plan de prévention. Découvrez nos films de sécurité, nos films de sécurité renforcée et nos films anti-explosion, ou appelez-nous au 04 74 72 53 86.
Questions fréquentes
Quelle classe EN 12600 exiger pour un film de sécurité ?
La classe se fixe selon l'analyse de risque. Un film de sécurité de qualité atteint couramment 1B1, meilleure classe de la norme, sur verre ordinaire. L'essentiel est d'exiger cette classe sur un verre de référence comparable à celui en place.
Un film peut-il atteindre une classe EN 356 élevée ?
De P1A à P3A selon le film, le verre et l'ancrage. Au-delà, et pour les classes P6B à P8B, il faut un vitrage feuilleté spécifique.
L'ancrage est-il toujours nécessaire ?
Non. Pour la seule retenue des éclats (EN 12600), le film posé en plein vitrage suffit généralement. L'ancrage devient nécessaire pour l'anti-souffle et la tenue en tempête, où il faut maintenir le vitrage dans son cadre ; il est fortement recommandé en anti-effraction.
Faut-il un plan de prévention pour une pose de film ?
Un plan de prévention est arrêté en commun avant les travaux dès que l'analyse des risques d'interférence en révèle (article R4512-6), après une inspection commune préalable des lieux (article R4512-2). Il doit être écrit si les travaux atteignent 400 heures sur douze mois ou s'ils figurent parmi les travaux dangereux, dont l'exposition à une chute de plus de 3 mètres (article R4512-7).
Quand peut-on réceptionner un film anti-souffle ?
La pose se réceptionne visuellement à l'achèvement, mais l'adhésif n'atteint sa pleine résistance qu'après durcissement, typiquement 60 jours pour un film de 100 à 200 µm selon 3M. Le planning de mise en service doit l'intégrer.
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